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    Sofinnova chouchoute les stars françaises de la biotech

    Sofinnova chouchoute les stars françaises de la biotech

    Sofinnova chouchoute les stars françaises de la biotech
    LE MONDE ECONOMIE | 27.03.2015 à 11h16 • Mis à jour le 27.03.2015 à 11h21 | Par Chloé Hecketsweiler

    Ce mur, c’est un peu le Hollywood Boulevard de la biotech. Situé dans les locaux parisiens de Sofinnova, il aligne les portraits des dirigeants de toutes les start-up qui ont rapporté de l’argent à ce fonds de capital-risque français spécialisé dans les sciences de la vie. Celles qui cartonnent aujourd’hui en Bourse ou qui ont été acquises pour plusieurs centaines de millions d’euros par de grands laboratoires pharmaceutiques.
    Parmi ces stars, Bernard Gilly, le cofondateur de Pixium, dont l’œil bionique pourrait redonner la vue aux aveugles et qui avant cela avait créé Fovea, une biotech cédée pour 370 millions d’euros à Sanofi. Le chirurgien cardiaque Jacques Seguin, à l’origine de Stentys et de CoreValve, acquise pour 850 millions de dollars (783,86 millions d’euros) par un grand groupe américain. Ou encore Pierre-Henri Benhamou, le cofondateur de DBV qui a conçu un patch pour traiter les allergies à la cacahuète. Devenue la coqueluche de Wall Street, sa société est aujourd’hui valorisée plus de 800 millions de dollars.

    Des patrons très « bankables »
    Jean-Louis Dasseux devrait bientôt rejoindre cette galerie de patrons très « bankables ». La société qu’il a fondée, Cerenis, a annoncé, mercredi 25 mars, avoir levé près de 55 millions d’euros lors de son introduction à la Bourse de Paris (Euronext), l’« IPO », dans le jargon. La cotation débutera lundi 30 mars, mais il s’agit déjà de la plus grosse opération du secteur depuis 2000. Ce que les investisseurs « achètent » ? La promesse d’une petite révolution dans le traitement des maladies cardio-vasculaires avec un médicament capable d’augmenter le « bon » cholestérol (HDL) et d’éliminer le « mauvais » (LDL), celui qui obstrue les artères.
    Le chemin jusqu’au marché est encore semé d’embûches (une étude clinique récente s’est révélée décevante), mais l’opération est déjà une bonne affaire pour Sofinnova, qui a parié dès 2005 sur la start-up, et investi en dix ans plus de 20 millions d’euros dans le développement de son médicament. « Cela pourrait changer la vie de millions de personnes dans le monde », s’enthousiasme Denis Lucquin, le président de Sofinnova.
    Le modèle ? Actelion, une société qui commercialise une molécule contre l’hypertension pulmonaire. « Avant, les enfants atteints par cette maladie devaient passer l’essentiel de leur journée au lit, avec une perfusion dans le bras. Aujourd’hui, ils prennent deux comprimés », souligne Denis Lucquin. La société, aujourd’hui valorisée plus de 12 milliards d’euros, a rapporté à Sofinnova trente-quatre fois sa mise ! Ces cinq dernières années, le fonds a empoché ainsi un véritable jackpot : près de 1,5 milliard d’euros pour des sociétés valorisées au total près de 6 milliards d’euros.

    Etat d’esprit « californien »
    « En moyenne, nous récupérons cinq fois notre mise », indique Antoine Papiernik, l’un des associés, qui a l’art de faire monter les enchères. « Rien n’est plus cher que ce qui n’est pas à vendre. C’est comme au souk de Marrakech : si vous êtes prêt à sortir du magasin, vous êtes sûr de faire une bonne affaire », plaisante l’investisseur, qui reçoit souvent des offres pour ses participations. « La patience est clé dans notre métier. » Malin, il sait aussi créer l’engouement avant une introduction en Bourse, en faisant entrer au capital, quelques mois avant, de grands fonds américains, comme OrbiMed, Venrock, Rockspring ou Baker Bros. « L’enthousiasme du public pour les sociétés de biotech facilite clairement leur introduction en Bourse, bien que les risques liés à ce type d’investissement soient difficiles à apprécier correctement », souligne Hervé Ronin, chez Bryan Garnier, une banque d’affaires très présente dans le secteur de la santé.
    Cette stratégie très offensive sur les marchés va de pair avec un état d’esprit très « californien ». Créée en 1972, Sofinnova a financé à leurs débuts quelques géants de la biotech aux Etats-Unis comme Genentech, filiale du laboratoire suisse Roche, ou Biogen, qui vaut aujourd’hui plus de 100 milliards. Cette page américaine de son histoire est tournée, mais l’approche reste la même. « Nous finançons d’abord des entrepreneurs qui ont de l’ambition et des projets susceptibles d’avoir un impact majeur », insiste Denis Lucquin, qui s’est entouré d’une dizaine d’associés et manageurs de haut niveau.
    Lire aussi : Genentech, l’autre géant de la Silicon Valley
    Pour obtenir des résultats, Sofinnova n’hésite pas à challenger ses protégés, repérés un peu partout en Europe. « Ce n’est pas tous les jours facile », admet Jean-Louis Dasseux, le patron de Cerenis, qui a pourtant derrière lui une belle carrière dans le secteur (sa précédente société, Esperion, a été acquise en 2004 par Priser pour 1,3 milliard de dollars). Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, la love story peut s’arrêter net ou les fondateurs être encouragés à prendre du champ pour laisser la place à des manageurs plus expérimentés. « Tous ne sont pas capables de monter en puissance », juge Antoine Papiernik.
    En revanche, en bon agent hollywoodien, Sofinnova sait « recycler » ses meilleurs éléments. « Certains patrons ont deux fois leurs photos sur notre mur », assure Antoine Papiernik. Il utilise aussi son entregent pour recruter les meilleurs « coachs » – tels Jean-Jacques Garaud, un pro du développement pharmaceutique passé par les géants suisses Novartis et Roche, ou Henri Termeer, l’ancien dirigeant de la biotech américaine Genzyme acquise à prix d’or par Sanofi. Enfin, il sait aussi utiliser son influence pour rallier d’autres fonds. « En 2008, alors que nous avions des difficultés à boucler notre tour de table, leur aide a été précieuse », témoigne Gonzague Issenmann, cofondateur de Stentys, qui commercialise une nouvelle génération de stents, ces petits ressorts que l’on pose dans les artères pour éviter qu’elles se bouchent.
    « C’est le meilleur fonds de capital-risque français, à la fois par la taille des fonds, autour de 250 millions d’euros, et la compétence des équipes », estime Hervé Ronin de chez Brian Garnier. Indépendant, il a pour principaux concurrents – et partenaires en France – les fonds d’investissement de la banque Edmond de Rothschild et de la Banque publique d’investissement (Bpifrance). « Les seuls à pouvoir prendre des tickets de 15 à 20 millions d’euros dans une start-up », constate le banquier. Les clients de Sofinnova – principalement des fonds de pensions et des assurances-vie – en sont convaincus : le boulevard des bonnes affaires est à eux.
    Les chiffres de la pharmaceutique-biotech
    212 milliards
    C’est le montant, en dollars, des deals conclus dans le secteur en 2014, dans le monde (195,88 milliards d’euros).
    332 millions
    C’est le montant, en dollars, levé par la société britannique Circassia lors de son introduction en Bourse. Le record mondial en 2014.
    72 millions
    C’est la moyenne, en dollars, des sommes levées par les biotechs qui se sont introduites en Bourse aux Etats-Unis et en Europe en 2014.
    + 350 %
    C’est progression de l’action Cellectis au cours des douze derniers mois. Autres records sur le marché français : Adocia (+ 265 %), DBV (+ 120 %) et Genfit (+ 80 %).

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